Tu comprendras ta douleur

Martin Winckler - Alain Gahagnon

Qu'elle soit passagère ou durable, bénigne ou signe d'une maladie grave, la douleur emprunte toujours la même voie : un « message » électro-chimique parcourt le système nerveux jusqu'au cerveau. Pourtant, le mécanisme de certains processus douloureux reste mystérieux et certaines douleurs sont très difficiles à apaiser. L'objectif de cet ouvrage rédigé par deux médecins est de rendre accessible le savoir et proposer des outils pour que chacun puisse mieux appréhender la douleur – la sienne ou celle des autres. Mal de tête, de ventre, de dos ; douleurs gynécologiques, articulaires, musculaires ; zona et fibromyalgie ; douleurs spécifiques du nouveau-né, de l'enfant et de la personne âgée : pour chaque type de douleur sont abordés les caractéristiques, l'évaluation et les traitements. Ces derniers peuvent être médicamenteux ou chirurgicaux, mais les auteurs présentent également la rééducation, la kinésithérapie, l'hypnose et l'accompagnement psychologique. Un maître-mot résume l'approche de cet ouvrage : l'empathie. Lire la suite

528 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 153x235

Chapeau

Vécue par chaque personne de manière intime et unique, la douleur agit sur nos émotions et réciproquement. Comment l'écouter, l'appréhender, la respecter pour mieux la traiter ?

La rencontre cl

La lecture de votre ouvrage montre combien la douleur est un domaine incroyablement complexe. Pourquoi avoir choisi de traiter un sujet aussi vaste ?
C’est justement parce que la douleur est un domaine vaste et complexe, qu’il nous est apparu souhaitable de l’éclaircir et de le rendre accessible au plus grand nombre.
Je suis médecin algologue (prise en charge et traitement de la douleur) et lors de mes consultations, j’ai constaté combien il était difficile pour les patients et leur entourage de comprendre l’origine, la raison et les mécanismes des phénomènes douloureux. Il est tout autant difficile pour eux de comprendre et d’accepter, parfois, les différents traitements proposés.
D’autre part, la douleur est l’un des motifs de consultation les plus fréquents en médecine de ville (environ 40% des motifs de consultations). De ce fait, tout soignant sera confronté à ce symptôme et donc à sa prise en charge. Paradoxalement, les études médicales ne comportent pas d’enseignement spécifique de la Douleur. Les étudiants le déplorent dès qu’ils se trouvent confrontés aux patients douloureux. Il nous est donc apparu important de tenter de remédier à ces situations.
Comprendre la cause et les mécanismes de « sa » douleur, comprendre le mode d’action, le but d’un traitement proposé permet au patient d’envisager un soulagement ou une guérison. Un patient qui « comprendra sa douleur » pourra plus facilement la décrire, la partager et espérer une prise en charge soignante adaptée, médicamenteuse et/ou non médicamenteuse. Pour l’entourage (soignant et non soignant, entendre et comprendre LA douleur d’un proche, d’un patient peut permettre de supprimer certains freins à une prise en charge de qualité.
Ce livre est donc naturellement destiné aux personnes douloureuses, à celles qui ont souffert ou qui un jour seront peut-être confrontées à la douleur. Un livre aussi pour leur dire qu’elles sont en droit de demander aux soignants des explications et d’avoir des réponses à leur questionnement sur l’origine et la cause de leur douleur.

Comment former les personnels de santé à un problème aussi intime et subjectif que le ressenti de la douleur ?
Il est d’abord important de distinguer la douleur aigue de la douleur chronique. La formation à la prise en charge et aux traitements de la douleur aigue est globalement et en théorie satisfaisante. Elle est en effet abordée dans les différents modules de pathologie enseignés (cardiologie, rhumatologie, etc...)
Pour la douleur chronique (douleur qui évolue au delà de 3 mois), cette formation apparaît insuffisante même si depuis 2010, le temps d’enseignement a été porté à 20 heures pendant le 2° cycle des études médicales. La formation des personnels de santé à la prise en charge de la douleur chronique et de son ressenti implique deux approches à la fois physique et psychologique qui doivent se fondre l’une dans l’autre pour aboutir à une prise en charge globale de qualité.
Une meilleure prise en charge implique donc un enseignement théorique plus important sur les différents types et mécanismes de douleur chronique, sur son évaluation et ses traitements. Mais cela ne suffit pas car la douleur est un phénomène subjectif, individuel et intime. Les ressentis du patient doivent tenir une place centrale. Aussi, il est primordial que les soignants soient à l’écoute du patient, qu’ils ne remettent pas en cause la douleur énoncée et qu’ils abandonnent certains préjugés (origine, sexe...). Il est important de former les soignants à adopter une relation de confiance et d’empathie avec la personne douloureuse aussi bien lorsqu’il décrit sa douleur, que lorsqu’il évalue son intensité ou parle de son retentissement dans sa vie de tous les jours.
Mais ce dernier point n’est-il pas déjà la base de toute relation de soins ? Il est difficilement acceptable pour un patient qui présente une douleur aigue ou chronique de s’entendre dire : « Vous avez mal, parce que vous êtes anxieux ! » ou : « C’est parce que vous êtes déprimé que vous avez mal ! »

Y a-t-il selon vous des douleurs contre lesquelles il n’existe aucun remède, des douleurs avec lesquelles il faut « se résoudre à vivre » ?
La prise en charge d’une douleur aigue pose peu de problème. Elle se doit d’être rapide, à l’aide d’un traitement antalgique adapté. La douleur aigue est le plus souvent de mécanisme nociceptif et sera traitée par des antalgiques tels que le paracétamol, les anti-inflammatoires ou les opiacés. Dans le même temps il faut retrouver l’origine de la douleur pour traiter la cause (traitement médicamenteux ou chirurgical).
Certaines douleurs sont effectivement difficiles à traiter. Il s’agit des douleurs évoluant au delà de trois mois : les douleurs chroniques. Il s’agit des douleurs nociceptives (arthrose, lombalgie chronique, rhumatismes inflammatoires) et des douleurs neuropathiques. La douleur neuropathique est est due à un mauvais fonctionnement du système nerveux. Dans ces situations, la prise en charge ne peut pas se résumer au traitement isolé de la douleur, du symptôme. Le caractère unidimensionnel de la douleur aigue (douleur symptôme ou signal d’alarme) évolue vers un aspect multidimensionnel (douleur maladie) qui associe douleur physique, perturbations affectives (anxiété, dépression), comportementales et cognitives. La douleur chronique entraîne un retentissement majeur dans la vie quotidienne, personnelle, familiale et socio-professionnelle. Il faut alors que la prise en charge du patient douloureux soit globale (physique et psychologique) et pluridisciplinaire (médecins, infirmier.es, kinésithérapeute, psychologue ...).
Cette prise en charge pourra permettre d’abaisser le niveau douloureux. Il est important de fixer des objectifs raisonnables avec le patient, lui dire que toutes les douleurs ne disparaitront peut-être pas. Diminuer ou améliorer de 30 à 50% le niveau douloureux d’un patient représente un gain important et permettra une amélioration de la qualité de vie. Ainsi, une douleur initialement inacceptable peut devenir « tolérable », acceptée par le patient et lui permettre de « vivre avec la douleur ».

D’après vous, quelles techniques, quels traitements non médicamenteux devraient être davantage explorés pour soulager la douleur ?
Je pense qu’il ne faut pas opposer traitements médicamenteux et non médicamenteux. Ces traitements doivent être considérés comme complémentaires et doivent être associés quand ils apportent à la fois un soulagement de la douleur et une amélioration de la qualité de vie. Bien sûr il ne faut pas que le traitement soit responsable d’effets indésirables.
Parmi les traitements non médicamenteux, on distingue :
- les traitements non médicamenteux qui ont une action de modulation sur le système nerveux. Il s’agit de la neurostimulation médullaire, des interventions chirurgicales ou neurochirurgicales, des techniques d’anesthésie locorégionales et ceux visant à limiter les conséquences et parfois la cause de certaines douleurs chroniques. Il s’agit des techniques à visée rééducative, fonctionnelle et réadaptative : rééducation, kinésithérapie, balnéothérapie, physiothérapie...
- toutes les techniques qui vont moduler et permettre de gérer la douleur au quotidien. Elles vont permettre à la personne douloureuse d’apprendre « à vivre avec la douleur », de mettre en place ces techniques de contrôle à la fois de la douleur et du stress, souvent responsable de la majoration des douleurs. Il s’agit par exemple de la prise en charge psychothérapeutique, de la relaxation, de la sophrologie et des techniques d’activation de la conscience (hypnose par exemple).
La plupart des traitements énoncés sont utilisés couramment en médecine de la douleur. Mais parfois, certains sont difficilement ou non acceptés par les patients. Par exemple, on note une méfiance vis à vis de certains traitements médicamenteux, mais aussi une difficulté à accepter une prise en charge psychologique.
Ces deux approches paraissent pourtant nécessaires et d’association parfois indispensable...
Il n’y a pas « un » traitement de la douleur chronique mais une juxtaposition de traitements, de techniques visant à réduire le niveau de la douleur et à améliorer la qualité de vie du patient douloureux chronique.

La rencontre cl

La lecture de votre ouvrage montre combien la douleur est un domaine incroyablement complexe. Pourquoi avoir choisi de traiter un sujet aussi vaste ?
C’est justement parce que la douleur est un domaine vaste et complexe, qu’il nous est apparu souhaitable de l’éclaircir et de le rendre accessible au plus grand nombre.
Je suis médecin algologue (prise en charge et traitement de la douleur) et lors de mes consultations, j’ai constaté combien il était difficile pour les patients et leur entourage de comprendre l’origine, la raison et les mécanismes des phénomènes douloureux. Il est tout autant difficile pour eux de comprendre et d’accepter, parfois, les différents traitements proposés.
D’autre part, la douleur est l’un des motifs de consultation les plus fréquents en médecine de ville (environ 40% des motifs de consultations). De ce fait, tout soignant sera confronté à ce symptôme et donc à sa prise en charge. Paradoxalement, les études médicales ne comportent pas d’enseignement spécifique de la Douleur. Les étudiants le déplorent dès qu’ils se trouvent confrontés aux patients douloureux. Il nous est donc apparu important de tenter de remédier à ces situations.
Comprendre la cause et les mécanismes de « sa » douleur, comprendre le mode d’action, le but d’un traitement proposé permet au patient d’envisager un soulagement ou une guérison. Un patient qui « comprendra sa douleur » pourra plus facilement la décrire, la partager et espérer une prise en charge soignante adaptée, médicamenteuse et/ou non médicamenteuse. Pour l’entourage (soignant et non soignant, entendre et comprendre LA douleur d’un proche, d’un patient peut permettre de supprimer certains freins à une prise en charge de qualité.
Ce livre est donc naturellement destiné aux personnes douloureuses, à celles qui ont souffert ou qui un jour seront peut-être confrontées à la douleur. Un livre aussi pour leur dire qu’elles sont en droit de demander aux soignants des explications et d’avoir des réponses à leur questionnement sur l’origine et la cause de leur douleur.

Comment former les personnels de santé à un problème aussi intime et subjectif que le ressenti de la douleur ?
Il est d’abord important de distinguer la douleur aigue de la douleur chronique. La formation à la prise en charge et aux traitements de la douleur aigue est globalement et en théorie satisfaisante. Elle est en effet abordée dans les différents modules de pathologie enseignés (cardiologie, rhumatologie, etc...)
Pour la douleur chronique (douleur qui évolue au delà de 3 mois), cette formation apparaît insuffisante même si depuis 2010, le temps d’enseignement a été porté à 20 heures pendant le 2° cycle des études médicales. La formation des personnels de santé à la prise en charge de la douleur chronique et de son ressenti implique deux approches à la fois physique et psychologique qui doivent se fondre l’une dans l’autre pour aboutir à une prise en charge globale de qualité.
Une meilleure prise en charge implique donc un enseignement théorique plus important sur les différents types et mécanismes de douleur chronique, sur son évaluation et ses traitements. Mais cela ne suffit pas car la douleur est un phénomène subjectif, individuel et intime. Les ressentis du patient doivent tenir une place centrale. Aussi, il est primordial que les soignants soient à l’écoute du patient, qu’ils ne remettent pas en cause la douleur énoncée et qu’ils abandonnent certains préjugés (origine, sexe...). Il est important de former les soignants à adopter une relation de confiance et d’empathie avec la personne douloureuse aussi bien lorsqu’il décrit sa douleur, que lorsqu’il évalue son intensité ou parle de son retentissement dans sa vie de tous les jours.
Mais ce dernier point n’est-il pas déjà la base de toute relation de soins ? Il est difficilement acceptable pour un patient qui présente une douleur aigue ou chronique de s’entendre dire : « Vous avez mal, parce que vous êtes anxieux ! » ou : « C’est parce que vous êtes déprimé que vous avez mal ! »

Y a-t-il selon vous des douleurs contre lesquelles il n’existe aucun remède, des douleurs avec lesquelles il faut « se résoudre à vivre » ?
La prise en charge d’une douleur aigue pose peu de problème. Elle se doit d’être rapide, à l’aide d’un traitement antalgique adapté. La douleur aigue est le plus souvent de mécanisme nociceptif et sera traitée par des antalgiques tels que le paracétamol, les anti-inflammatoires ou les opiacés. Dans le même temps il faut retrouver l’origine de la douleur pour traiter la cause (traitement médicamenteux ou chirurgical).
Certaines douleurs sont effectivement difficiles à traiter. Il s’agit des douleurs évoluant au delà de trois mois : les douleurs chroniques. Il s’agit des douleurs nociceptives (arthrose, lombalgie chronique, rhumatismes inflammatoires) et des douleurs neuropathiques. La douleur neuropathique est est due à un mauvais fonctionnement du système nerveux. Dans ces situations, la prise en charge ne peut pas se résumer au traitement isolé de la douleur, du symptôme. Le caractère unidimensionnel de la douleur aigue (douleur symptôme ou signal d’alarme) évolue vers un aspect multidimensionnel (douleur maladie) qui associe douleur physique, perturbations affectives (anxiété, dépression), comportementales et cognitives. La douleur chronique entraîne un retentissement majeur dans la vie quotidienne, personnelle, familiale et socio-professionnelle. Il faut alors que la prise en charge du patient douloureux soit globale (physique et psychologique) et pluridisciplinaire (médecins, infirmier.es, kinésithérapeute, psychologue ...).
Cette prise en charge pourra permettre d’abaisser le niveau douloureux. Il est important de fixer des objectifs raisonnables avec le patient, lui dire que toutes les douleurs ne disparaitront peut-être pas. Diminuer ou améliorer de 30 à 50% le niveau douloureux d’un patient représente un gain important et permettra une amélioration de la qualité de vie. Ainsi, une douleur initialement inacceptable peut devenir « tolérable », acceptée par le patient et lui permettre de « vivre avec la douleur ».

D’après vous, quelles techniques, quels traitements non médicamenteux devraient être davantage explorés pour soulager la douleur ?
Je pense qu’il ne faut pas opposer traitements médicamenteux et non médicamenteux. Ces traitements doivent être considérés comme complémentaires et doivent être associés quand ils apportent à la fois un soulagement de la douleur et une amélioration de la qualité de vie. Bien sûr il ne faut pas que le traitement soit responsable d’effets indésirables.
Parmi les traitements non médicamenteux, on distingue :
- les traitements non médicamenteux qui ont une action de modulation sur le système nerveux. Il s’agit de la neurostimulation médullaire, des interventions chirurgicales ou neurochirurgicales, des techniques d’anesthésie locorégionales et ceux visant à limiter les conséquences et parfois la cause de certaines douleurs chroniques. Il s’agit des techniques à visée rééducative, fonctionnelle et réadaptative : rééducation, kinésithérapie, balnéothérapie, physiothérapie...
- toutes les techniques qui vont moduler et permettre de gérer la douleur au quotidien. Elles vont permettre à la personne douloureuse d’apprendre « à vivre avec la douleur », de mettre en place ces techniques de contrôle à la fois de la douleur et du stress, souvent responsable de la majoration des douleurs. Il s’agit par exemple de la prise en charge psychothérapeutique, de la relaxation, de la sophrologie et des techniques d’activation de la conscience (hypnose par exemple).
La plupart des traitements énoncés sont utilisés couramment en médecine de la douleur. Mais parfois, certains sont difficilement ou non acceptés par les patients. Par exemple, on note une méfiance vis à vis de certains traitements médicamenteux, mais aussi une difficulté à accepter une prise en charge psychologique.
Ces deux approches paraissent pourtant nécessaires et d’association parfois indispensable...
Il n’y a pas « un » traitement de la douleur chronique mais une juxtaposition de traitements, de techniques visant à réduire le niveau de la douleur et à améliorer la qualité de vie du patient douloureux chronique.

Haut de page