Vivez flow, vivez heureux !

Sonia Zannad

Qu'est-ce que le flow ? Vous est-il arrivé d'être si concentré sur votre tâche que vous avez le sentiment d'être complètement immergé dedans, comme si votre corps n'existait plus ? Eh bien, cet état d'esprit s'appelle le flow, ou encore « l'expérience optimale ». L'état de flow a été découvert par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi. Selon lui, l'ego n'existe plus, le temps non plus. Notre être tout entier est impliqué et nous pouvons utiliser nos compétences à l'extrême. Il est nécessaire que les objectifs soient clairs et réalisables, et que l'attention soit bien ciblée sur une activité. Le flow permet d'améliorer la performance et, selon les chercheurs, dans une vaste gamme de domaines comme l'enseignement, l'apprentissage, l'exercice physique et la créativité artistique. Vivre flow, c'est être ouvert pour voir, entendre, résonner avec ce qui nous entoure. En écoutant notre corps et en calmant notre mental, le flow produit un ressenti positif, qui dispose au bonheur et favorise l'estime de soi. Lire la suite

176 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 150x210

Une question de tempo
Le temps est un flux dont la perception est complètement subjective. Dans les états de flow, c'est comme s'il disparaissait : il n'a plus d'importance. Le temps est une sorte de pâte à modeler, qui tantôt se distend, tantôt se rétracte, en fonction de l'expérience que vous vivez. Le but du jeu, c'est de modifier la qualité de vos expériences en y ajoutant de l'attention, afin de modifier votre rapport au temps. Plutôt que de le subir, vous pourrez ainsi en faire votre allié.

Chapeau

Discerner l'essentiel du superflu

Interview de sonia zannad

1. «Jamais assez efficaces, jamais assez créatifs, jamais assez en forme, jamais assez doués, jamais assez minces ou jamais assez intelligents », écrivez-vous dans votre ouvrage. De quelle manière le flow, théorisé par Mihaly Csikszentmihalyi, peut-il mettre à distance les exigences de notre société ?
Nous sommes en effet abreuvés en permanence d'injonctions parfois contradictoires, auxquelles il est tentant d'obéir à un moment ou à un autre par souci de « conformité » sociale. Mais en se rapprochant des activités qui nous apportent une satisfaction profonde, sans se préoccuper de l'image que l'on renvoie, on se donne une chance de vivre plus de moments de flow, c'est-à-dire des moments de concentration intense, où nos sens, nos émotions et nos connaissances sont mobilisés et alignés au service d'une seule et même tâche.
Il ne faut pas s'en faire toute une montagne : nous en sommes tous capables, nous avons tous déjà vécu au moins une fois un moment de flow. Cela arrive quand on écoute de la musique, quand on réfléchit à un projet, quand on se balade dans la forêt ou sur la plage, quand on joue, ou quand on discute à bâtons rompus avec un.e ami.e.
Le flow ne correspond pas forcément à un temps « productif » ou « performant », mais simplement à un temps choisi, qui nourrit l'être humain et fait que l'on se sent vivant.

2. Dans votre livre, de très nombreuses idées pour se respecter et améliorer son quotidien et son environnement sont mentionnées.
Mais quel est le point qui, dans votre vie personnelle, Sonia Zannad, est le plus important ?
Je crois que le plus important pour moi, c'est de ménager de l'espace dans ma vie pour que l'imprévu puisse trouver sa place, que les idées jaillissent, et que la beauté puisse s'inviter dans les événements les plus quotidiens.
Concrètement, ça consiste à s'accorder des temps de contemplation, d'observation, de méditation – simplement des pauses qui permettent au corps et au cerveau de se « reconfigurer » et de cultiver une attitude ouverte et une forme de clarté d'esprit.
J'y parviens mieux quand je suis seule, dans un environnement qui me plaît, et plutôt loin de mon ordinateur et de mon téléphone portable...
Le train est très propice à cet état, pour moi ! Souvent, on se fait tout un monde de la méditation, or elle peut s'intégrer dans la vie de tous les jours, en se demandant simplement, de temps à autre « suis-je vraiment là ? présent.e à ce que je fais ? », « qu'est-ce que je ressens en ce moment ? », ou « est-ce que j'ai besoin de marquer une petite pause ? »

3. Le flow est-il une piste pour que la société prenne conscience de la nécessité de se « déconnecter », de prendre de la distance par rapport aux réseaux sociaux envahissants, à l'instantanéité stressante ?
Mon constat est le suivant : ce qui fait obstacle aux moments de flow dans nos vies, ce sont non seulement les injonctions sociales, mais aussi tout ce qui peut perturber notre capacité de concentration. Aujourd'hui, je crois que l'attention est devenue un bien extrêmement précieux, presque un luxe.
Et elle me semble vraiment en péril : regardez le nombre de sollicitations que vous recevez chaque jour sur votre portable.
Ce sont autant d'interruptions qui, mal gérées ou trop nombreuses, nous éloignent de ce(ux) qui compte(nt). Les journées ne comptent que 24h et il me semble parfois, dans les moments de pause, que je ferais mieux de rêvasser en regardant le ciel que de scroller mon fil Instagram. Et encore, je ne suis pas née avec Internet, c'est arrivé assez tard dans ma vie… Pour les jeunes générations, l'urgence est encore plus grande.

4. Quelle serait, pour vous, la « règle d'or » du flow, l'aspect essentiel de ce nouveau concept ?
« Une chose à la fois », et « pas trop d'un coup » ! C'est difficile, à notre époque, de ne pas céder au multitasking et à la croyance que l'on peut tout faire et tout voir.
Pourtant, il est essentiel de se concentrer sur une chose à la fois et de se donner des limites. Nous ne sommes pas câblés pour zapper sans cesse d'une activité à l'autre, ou pour ingurgiter une série par semaine : nous ne sommes pas des machines...
Cela provoque du stress, et diminue notre capacité d'attention. En adoptant des réflexes plus flow, on se donne toutes les chances d'apprécier pleinement chaque expérience, de la vivre avec tous nos sens, de se réapproprier le temps plutôt que de le subir.
Vivre flow, ça ne veut pas du tout dire faire « plus » de choses, mais de faire ce qui a du sens pour soi, en redonnant de la valeur à ses actes, à ses pensées et à ses mots. Et surtout, de retrouver la capacité de choisir !
Les épisodes qui s'enchaînent tout seuls sur Netflix, quand on y pense, c'est quand même un mécanisme qui court-circuite notre capacité de décision...

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