Le Chemin du pardon

Jean Graciet - Valérie Motté

Quand quelqu'un vous blesse et que la blessure reste vive, il est difficile de pardonner. Le réflexe premier serait même de se venger. Pardonner, croit-on, reviendrait à minimiser la faute commise. Pardonner serait se rabaisser. Les sentiments négatifs qui nous gagnent en pareille circonstance sont nombreux. Pourquoi pardonnerait-on ? Comment apprendre à pardonner ? Surtout : qu'attendre du pardon ? Cet ouvrage permet d'appréhender et de « vivre véritablement » le pardon. Pratiquer le pardon peut changer radicalement votre environnement : c'est un moyen efficace pour se libérer des fardeaux du passé, des croyances qui polluent notre esprit et des peurs qui nous paralysent. Acquérir la capacité de pardonner avec bienveillance est un défi, c'est une démarche philosophique intime qui ouvre de grands espaces de liberté et de paix. Après avoir exploré la notion du pardon et son histoire (notamment dans les religions), les auteurs en livrent une analyse empreinte d'humanité et de poésie, puis proposent exercices, prières et méditations. Lire la suite

168 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 135x220

Chapeau

Pardonner, c'est tendre la main

Interview

1. Ne pas juger et apprendre à pardonner est un des propos de votre livre. Mais est-il vraiment possible de vivre sans jamais juger autrui ?
Valérie : Il y a toujours deux lectures, celle de l'ego qui a beaucoup de difficultés à ne pas juger, à pardonner, et il y a celle de l'âme, où tout est plus fluide, tout est amour. J'essaie toujours de me mettre à la place d'autrui. Par exemple, je considère une situation dans son ensemble et je me détache de mon mental pour basculer sur la fréquence de mon âme. C'est une gymnastique de l'esprit. La méditation m'a beaucoup aidée.

Jean : Je ne crois pas que le fait de juger autrui nous apporte plus de bonheur, de joie ou d'apaisement sinon la satisfaction de notre ego. Quel bienfait nous est donné en jugeant autrui ? Est-ce qu'on se sent apaisé, plus heureux grâce au fait de juger ? Assurément non.
Pourtant, il semble naturel de porter un jugement sur l'autre quand il est la cause, à nos yeux, d'une situation douloureuse dont nous serions la victime.
Juger est le passe-temps favori de l'ego car, pour exister, il a besoin de nous maintenir dans l'illusion de la séparation entre nous-même, avec les autres, l'Univers, de façon à nous garder sous son contrôle. C'est pourquoi nous devons nous poser cette question chaque fois que nous nous sentons poussés à juger : quelle est la partie de moi qui juge l'autre ? L'ego, bien sûr.
William Shakespeare disait que juger autrui, c'est se juger soi-même. C'est ainsi que juger, c'est porter une attaque vers l'autre donc vers soi-même.
Arriver à ne pas juger, c'est changer la perception que l'on a de l'autre, c'est voir au-delà de son ego, l'être de lumière qu'il est réellement.
Ne pas juger c'est déjà pardonner.

2. Pour notre ego, pardonner rime avec abdiquer. Si je suis bloqué dans la rancœur, par quelle motivation puis-je me laisser guider pour aller vers le pardon ?
Valérie : Pour ma part, ça ne veut pas dire abdiquer mais accueillir ce qui m'arrive, mes émotions que ce soit de la colère, de la tristesse pour les transformer – toujours avec cette gymnastique de l'esprit, une pause méditative – et puis j'envoie directement de la lumière et de l'amour à la personne qui m'a blessée. Je n'ai pas de rancœur. Je n'ai pas envie d'être prisonnière. J'aime être en paix et me sentir libre, le pardon est un acte de libération pour soi.

Jean : En effet, l'ego ne pardonne pas si son amour propre est blessé et c'est pourquoi il nous pousse au combat. Bien au contraire, pardonner n'est pas abdiquer mais plutôt s'élever.
Eprouver de la rancœur c'est faire naître en soi un mal qui nous ronge l'intérieur, ne nous laissant aucun répit, et nous coupe la route menant à la paix. Si le ressenti de rancœur est trop fort il peut même se matérialiser dans le corps sous la forme d'une maladie en ciblant plus particulièrement l'estomac ou la vésicule biliaire. Mais, arrivera le jour où l'on désirera se libérer de ces sentiments d'amertume, d'injustice, voire même de haine. On sentira alors le besoin de pardonner. Le pardon sincère et véritable agira à cet instant comme un baume sur une plaie et guérira ces vieilles blessures en transformant la rancœur en un autre sentiment, l'amour tout simplement. Le besoin d'aimer est commun à chaque être sur terre et peut naître à tout moment.
3. Le lien entre le pardon et le lâcher-prise n'est, de prime abord, pas évident. Quels en sont les principaux ressorts ?
Valérie : On revient toujours à cette grille de lecture. Où me situe-je ? Au niveau égotique ? Ou de mon âme ? Le lâcher prise ne signifie pas rester inactif. C'est se dire : Que puis-je faire de plus qu'accueillir ce qui est, ce qui m'arrive ? Je ne peux pas changer la situation mais je peux changer ma façon de la vivre, de l'appréhender, de la « vibrer ». En étant dans cette prise de responsabilité, les synchronicités et les solutions se présentent en général. Et mes amies les fées comme les anges éclairent ma route si je le leur demande.

Jean : Je parle dans le livre des quatre piliers qui mènent au pardon véritable : La responsabilité, l'acceptation, le non jugement et le lâcher prise. Ils se complètent entre eux et sont indissociables. Sans le lâcher prise nous ne pouvons pas accéder au pardon. Il va nous élever et nous permettre de changer de niveau.
Mais que devons-nous lâcher au juste ? C'est lâcher nos croyances au sujet de l'autre et de l'environnement, nos attentes, nos désirs, nos attaches du passé, nos peurs, nos vieux ressentis que nous gardons et qui empoisonnent notre mémoire. Le lâcher prise, c'est faire un grand ménage à l'intérieur de soi, c'est faire le vide de tout ce qui est devenu inutile, nous encombre et qui nous pollue. Le lâcher prise c'est ôter le pouvoir à l'ego et le confier à son âme.
C'est pourquoi la première grande valeur à fortifier, à porter très haut dans la hiérarchie de nos valeurs, c'est la confiance.
On déleste le dirigeable afin de prendre toujours plus de hauteur et monter vers la lumière. Lâcher prise, c'est se délester afin d'être libre. Vivre le pardon, c'est être à ce niveau.
4. En quoi Ho'oponopono, que vous abordez longuement dans votre ouvrage, est-il selon vous intimement lié à la notion du pardon ?
Valérie : C'est un rituel hawaïen de réconciliation et de pardon. C'est la base. Ce n'est pas juste quelques mantras que l'on récite. C'est une philosophie de vie qui s'intègre – si on le décide – au quotidien.

Jean : Le mode de vie des hawaïens, leur philosophie, est de vivre en paix. C'est pourquoi ils vivent selon les principes de Ho'oponopono qui se traduit dans la pratique par des rituels de pardon et de réconciliation. Cette philosophie s'est transmise oralement depuis de très nombreuses générations de Hawaïens jusqu'à nos jours et, c'est toujours le même objectif qui est recherché, c'est-à-dire d'être en paix grâce au pardon vécu concrètement au quotidien.
Ho'o veut dire « causer », « faire », « engager l'action », et Pono, dit deux fois pour bien renforcer son sens qui est : « juste », « correct », « bienveillant », « aimable ».
Le succès de Ho'oponopono n'a pas toujours bien servi ce magnifique enseignement et il est bien dommage de voir ce nom si beau associé à des courants de style new age. Il est souvent utilisé malheureusement comme une recette miracle grâce à laquelle il suffirait de réciter en boucle quatre mots « magiques » pour obtenir tout ce qu'on souhaite.
Ho'oponopono n'est pas cela et il n'est en rien magique. Il est un enseignement spirituel dont le pardon est l'axe central.
C'est le mode de vie que nous avons adopté depuis de nombreuses années et qui, grâce à une pratique quotidienne et assidue, a transformé notre vie.

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