La vraie raison d’être de l’humanité 

Sans amour, on ne peut s’inventer d’avenir

Grands médecins, grands psychothérapeutes, grands savants, grands artistes, et même grands dirigeants, tous tirent de leur pratique la leçon anthropologique que Saint Paul avait exprimée, lui de façon religieuse : quoi que vous fassiez, même d’apparemment bon et généreux, si vous le faites sans amour, cela ne vaut rien. Certes, se pose aussitôt la question de savoir ce que signifie « aimer ». Il y a quelques années, Matthieu Ricard avait répondu à cette question dans son Plaidoyer pour l’altruisme : l’être humain, disait-il, est ainsi conçu qu’il ne peut pas survivre sans compassion, attention, tendresse... Aujourd’hui, à son tour, le psychiatre Bessel van der Kolk abonde dans ce sens. Ses quarante ans de pratique – avec des vétérans de guerre comme avec des femmes violées ou des enfants battus – montrent de façon lumineuse que le problème de tous ces êtres terriblement blessés est de ne plus pouvoir aimer. Et, ne pouvant aimer, ils se ferment à toute création et plus généralement à toute perspective d’avenir. Car cet amour qu’il est essentiel de vivre ne doit pas seulement porter sur certains êtres privilégiés particulièrement chéris (nos proches et nos « amoureux »), mais de façon plus générale sur l’existence entière. Il s’agit de laisser librement circuler le désir, donc de s’aimer aussi soi-même, d’aimer son corps, son esprit, sa capacité de raisonner, de réfléchir, d’inventer…

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