Osons ouvrir notre cœur à l’ineffable 

Vous êtes habité par plus grand que vous

Qu’est-ce qu’un ange ? Michel Serres, à qui l’on posait la question après qu’il eut surpris ses élèves et lecteurs en abordant le sujet, avait retourné l’étonnement comme un gant : par quel étrange phénomène d’oblitération cette question universelle (même si chaque culture la nomme différemment) a-t-elle disparu du monde moderne ? Pour lui, la réponse est simple : entravés par notre souci de sécularisation aseptisée, nous avons oublié que l’ange était le messager. Entre qui et qui ? Les réponses divergent. Dans la plupart des traditions, l’ange fait le lien entre nous et les esprits, ou entre nous et Dieu. Vivant aujourd’hui dans un univers « horizontalisé », le message passe d’humain à humain – et en ce cas, à l’âge du web, les anges se multiplient par milliards, autant que des bactéries ! Sauf que tout le monde sent bien désormais, particulièrement les jeunes, que l’humain ne peut vivre sans un Sens qui le dépasse, donc sans un implicite, une verticalité, une transcendance – que celle-ci soit personnifiée comme dans les religions monothéistes, ou comprise comme une conscience universelle non personnelle, comme dans l’approche bouddhiste. Et l’ange retrouve alors sa dimension mystique, c’est à dire mystérieuse, parce qu’il sert de messager entre ce qui se dit et ce qui ne peut se dire. À l’être humain a été donné le don de la parole – force véritablement créatrice. Mais celle-ci tire son essence d’une origine elle-même ineffable. Peut-être cette tension entre dicible et indicible constitue-t-elle la première source d’inspiration de l’art et de la poésie, si simplement exprimée dans le « jeu » japonais des haïkus.

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