Et si nous ne savions rien de l'amour ? 

Certes, les amoureux se choisissent inconsciemment parce qu’ils se servent l’un à l’autre d’agents de résilience. Il n’empêche, les sages chinois le disent depuis 3000 ans : faire l’amour avec joie et savoir y penser clairement est le meilleur remède préventif contre toutes les maladies. Pourquoi les Occidentaux l’ont-ils si furieusement nié pendant des siècles ?
Mais au fond qu’est-ce que l’amour ? Nous ne le savons plus. Qu’est-ce que le désir ? Qu’est-ce que faire l’amour ? Qu’est-ce que l’amitié amoureuse ? Et l’amitié non amoureuse ? Nous parlons toujours de l’amour comme s’il s’agissait d’une entité unique que nous n’aurions pas à redéfinir. Comme si, une fois prononcés les mots « je t’aime », tout était dit. Comme si nous avions besoin d’amour, sans avoir à préciser lequel. M’aime-t-elle ? M’aime-t-il ? Quels sont les critères qui nous permettent de penser que nous sommes ou non aimés ? Que mettons-nous dans ce mot « aimer » ? N’ y a-t-il pas autant de façons d’aimer que d’êtres humains ? Et nous-mêmes n’aurions-nous qu’une seule façon d’aimer ? Notre quête, si souvent insatisfaite, relève-t-elle toujours du même désir ? Et savons-nous quel est notre désir ? Nous disons « j’aime » ou « je n’aime pas », mais nous ne savons guère qui est ce « je » qui aime, comment il aime, ni qui il aime. Ce « je » qui est censé nous faire sujet de nos choix et de nos préférences, chacun sait combien avant d’être adulte, c’est-à-dire libre, libéré de ses entraves, il doit accomplir un long voyage. Le voyage du retour vers soi. Nous avons perdu très tôt notre innocence – non nocere, ne pas souffrir ! À peine avons-nous eu conscience de nos manques et de notre nudité que nous étions chassés du jardin d’Éden ! Nous sommes encore pour une part ce bébé, nu et dépourvu, fragile et désemparé, si avide d’aimer et d’être aimé qu’il ne tient pas davantage compte de l’autre que de lui-même. Il ne se connaît pas ; plutôt il ne sait de lui-même que ses besoins immédiats. Il ressent une soif que rien ne semble jamais pouvoir désaltérer. « Commence par te connaître et t’aimer toi-même » lui murmure donc la voix de sa conscience, mais y parvenir seul est impossible. Résoudre cette énigme est sans doute le plus grand défi qui soit.

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