Il est temps de devenir des êtres entiers 

Quelquefois, les anciens sages, accoudés au balcon d’allez savoir quel paradis, doivent éclater de rire quand ils nous regardent, nous autres, modernes ou post-modernes férus de sciences et de technologies. « Bon sang, doivent-ils se dire, qu’il leur a fallu un chemin long et sophistiqué pour découvrir des évidences que leurs ancêtres connaissaient depuis longtemps ! » Ainsi par exemple, l’une des approches pluridisciplinaires les plus avant-gardistes et les plus prometteuses en matière de santé – que les Américains appellent psycho-neuro-immunologie et les Français neuro-immuno-endocrinologie –, a fini par aboutir (à force de recherches jusqu’au niveau moléculaire) à cette découverte fantastique : chacun de nous est absolument unique et, pour être bien traité, doit être considéré comme une entité non superposable à une autre. Une entité dont la santé, physique, émotionnelle, relationnelle, mentale, spirituelle dépend d’un alignement spécifique. Pourquoi les anciens riraient-ils ? Parce que cette entité s’appelle tout simplement une personne, ce que toutes les plus grandes traditions spirituelles ont toujours dit. Quelle personne unique êtes-vous ? Beaucoup d'embuches entravent notre réponse. Nous ne sommes pas des objets… mais nous sommes assoiffés d’objectivité ; nous sommes des sujets… mais nos sciences se méfient de toute subjectivité. Quand on aborde la question féminine, le hiatus est encore plus compliqué. Car l’individu de sexe féminin a longtemps été non seulement nié en tant que personne unique, mais toujours rapporté et comparé à celui de sexe masculin – que ce soit pour le juger inférieur (comme hélas encore dans beaucoup de régions obscurantistes), ou pour le considérer comme équivalent, dans un effort certes louable de parité, mais que les dernières découvertes rejettent, en médecine de pointe notamment, comme le montre la biologiste Claudine Junien : « Le corps d’une femme ne se soigne pas exactement comme celui d’un homme, ne pas le reconnaître, c’est maltraiter toutes les femmes. » Quand on en vient au cœur même de la personne, c’est à dire à sa sexualité, au sens large – là où palpite son désir, sa vitalité, sa joie d’exister, sa créativité –, la question devient immense. Et là, peut-être les sages du paradis ne rient-ils plus autant : qu’en disaient-ils eux-mêmes lorsqu’ils vivaient sur terre ? Lesquels surent mettre la féminité en valeur ? Ne les mettons pas tous dans le même sac. Ainsi, toute la leçon de Maeva Poornima, pour « dévoiler les trésors de la sexualité » des femmes, s’inspire-t-elle de l’ancienne civilisation indienne, infiniment plus « féministe », au moins en théorie, que les cultures nées autour du bassin méditerranéen. Une chose est sûre : sur ce plan-là, qui est juste essentiel, l’avenir nous ouvre des perspectives immenses.

Haut de page