De l’art subtil de ne pas en faire trop 

Sans doute connaissez-vous la « méthode des petits pas ». Inventée par des psychologues américains à l’époque où les États-Unis s’apprêtaient à entrer en guerre contre l’extrême-droite régnant sur l’Allemagne, le Japon et l’Italie, elle avait pour but de ne pas effrayer la population américaine, volontiers isolationniste, tout en l’entrainant dans un énorme changement – passer d’une économie de paix à une économie de guerre – sans blocage rédhibitoire. Après leur victoire contre les puissances de l’Axe, les Américains utilisèrent cette méthode pour aider le Japon à se reconstruire et à muter : passer d’un régime théocratique à un régime démocratique n’allait pas de soi, l’opération aurait pu aboutir à des catastrophes. Ce ne fut pas le cas. Les Japonais, éberlués que leurs vainqueurs ne les réduisent pas en esclavage, découvrirent la méthode des petits pas et la rebaptisèrent « kaïzen », ce qui signifie littéralement : changement meilleur. Nous devons tous changer – en permanence et de nos jours plus que jamais. Comment le faire « pour le meilleur » ? Cette histoire nous le souffle : en adoptant la méthode des petits pas. Par un de ces amusants « retours à l’envoyeur » dont l’histoire a le secret, beaucoup de psychothérapeutes américains « découvrent » aujourd’hui le kaïzen japonais et s’émerveillent de son efficacité stupéfiante. Une personne obèse ne parvient pas à diminuer ses rations ? On lui demande de supprimer une frite par jour de son cornet. Une autre personne trop raide ne se résout pas à faire de sport ? On lui demande de regarder pendant une minute son tapis de gymnastique. Une troisième personne somatise ses angoisses par des maux de ventre ? On lui demande de respirer dix fois en se concentrant sur une partie précise de son corps. En six mois, le problème est en voie de solution : la personne obèse a commencé à maigrir, la personne trop raide à s’assouplir et la personne stressée à se relaxer. Leur point commun : avec patience, elles ont réussi à persister dans leur motivation, sans jamais prétendre changer d’un coup, donc sans en faire trop, elles ont appliqué la méthode des petits pas. « Les plus grands voyages commencent par un premier pas. » Le dicton dit vrai. Ne nous précipitons pas. Allons à l’allure qui nous convient. Mais ne perdons pas notre cap. Ni notre patience. Ni notre espoir. Après tout, un autre dicton ne dit-il pas : « Peu importe d’atteindre le but, c’est le chemin qui compte. »

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